Je m’appelle Yoanna Krzyszton. Je suis une artiste visuelle polonaise vivant et travaillant en France. Ma pratique se déploie entre peinture, dessin, gravure et techniques mixtes, dans une recherche d’un langage universel et intemporel capable de traverser les frontières culturelles, sociales et linguistiques.
L’image occupe dans mon travail un espace de résonance plus qu’un espace de représentation. Elle devient un lieu où mémoire, présence et émotion se rencontrent dans une tension silencieuse entre visible et invisible. À travers le corps, la matière et le symbole, j’explore ce qui persiste sous la surface : les traces, les états intérieurs, les récits enfouis, les formes de vulnérabilité et de transformation.
Mes figures apparaissent souvent fragmentées, suspendues ou partiellement effacées. Elles émergent de la matière comme des présences instables, prises entre construction identitaire et dissolution, entre apparition et retrait. Le corps n’y est jamais seulement représenté ; il devient territoire de mémoire, surface d’inscription et espace de projection sensible.
Dans ma récente exposition « APPARAITR », j’explore la mode comme l’un des rares langages historiquement accordés à l’expression féminine. Le vêtement y agit comme une architecture symbolique : protection, masque social, mémoire intime ou prolongement du corps. Les textures, les superpositions et les tensions chromatiques construisent un espace où féminité, pouvoir et vulnérabilité coexistent sans jamais se fixer définitivement.
Ma série de gravures « Le Château des destins croisés », inspirée de l’œuvre d’Italo Calvino, prolonge cette réflexion autour du langage et de la narration symbolique. Les images du tarot y deviennent des structures ouvertes, capables de générer des récits multiples, mouvants et fragmentaires.
Depuis 2008, cette série constitue pour moi une forme de journal intime visuel — une encyclopédie sensible des émotions, des expériences et des états intérieurs. Chaque image agit comme une trace, un fragment de mémoire ou un point de tension émotionnelle inscrit dans la matière.
Après mon arrivée en France, confrontée à l’expérience du déplacement et à la perte du langage familier, ce travail est devenu une tentative de reconstruction d’un espace de communication par l’image. Le tarot y fonctionne comme un langage universel, capable de relier l’intime au collectif, le vécu personnel à des archétypes plus vastes et intemporels.
Pour cette série, j’ai développé une technique personnelle de gravure sur carton imprimée à la main, mêlant taille-douce et taille d’épargne. La matière y conserve une présence organique et fragile, où chaque empreinte agit comme une trace de mémoire, un fragment de récit ou une tension en devenir.
Diplômée de l’Académie des Beaux-Arts Eugeniusz Geppert de Wrocław, j’ai exposé en Pologne, en Irlande, en Angleterre et en France. Aujourd’hui, je poursuis cette recherche artistique entre création personnelle, expositions et transmission du dessin et de la peinture.